Alsunga est d’abord connue en 1231 sous le nom de « kiligunda aliswangis » mais en réalité ce village de Courlande est beaucoup plus ancien. C’est la seule communauté catholique en Lettonie. Ce sont les femmes qui dirigent et qui ont toujours dirigé la résistance contre l’occupation étrangère. Elles ont un savoir de la nature et de la nature de l’homme qu’aujourd’hui elles peuvent enfin partager.

 Des femmes d’exception, de générosité, de conviction, de forces, d’amour pour leur terre, pour leur région le Kurzeme, pour leur pain, leur cuisine, leur tissu, leur costume et finalement pour l’autre.

Derrière chaque image une vidéo

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 « La tradition ne s’impose pas elle se vit, se transmet. Nous vivons grâce à nos racines comme nos arbres. Il ne s’agit pas de nostalgie, mais de perpétuer les richesses de notre histoire, de notre patrimoine culturel. Nous ne voulons pas perdre, effacer ce que nous sommes. Nous sommes fières de ce que nous sommes, nous n’envions personne parce que nous savons qui nous sommes.

Au bord de la rivière Kaulinas upe, upe=Rivière, Kaulinas de Kauli=Os en référence à la guerre contre la Suède; les suiti sievas chantent les daïnas en hommage au fleuve. Cette rivière se trouve dans la vallée des fleurs, ZIEDULEJA. Ce nom ZIEDULEJA se décompose, Lejas= Vallée, ZIEDU= Fleures; mais à l’origine la vallée s’appelait ZIDULEJA, la vallée des juifs pendus, ZIDU=Juifs… Mais c’est une autre histoire.

Une interview les Suiti à Alsunga le 09 mars 2013 se confient: Partie 1

partie 2

 En arrivant le 09 mars 2013 au soir à Alsunga, je m’attendais à rencontrer le Maire du village, il était souffrant, la grippe. Ma première visite fut pour Monsieur le curé, Andris. (Avez vous remarquez? Les prénoms masculins finissent toujours par une consonne en général un S et les prénoms féminins par un A).

Un curé à Alsunga pour mieux le connaître hera-pdf-icon [icon]

 hera-femme-remarquable-alsungaQuel honneur! La sœur de Monsieur le curé confectionne tous ses costumes, la cure se transforme alors en salon d’essayage, on me vêt du costume qui déshabille:    Si vous regardez bien ce costume vous pouvez tout savoir de la femme qui le porte, ça ne vous rappelle par les costumes des Antillaises? La femme est soignée ou bien négligée, consciencieuse ou pas, jeune pubère, fiancée, mariée, divorcée, veuve, et à la question « Peut-on savoir si la femme a rompu ses vœux de mariage? » Dans un éclat de rire général la question est restée sans réelle réponse, le bon sens exige que ce ne soit pas affiché, car quel déshonneur pour la femme et son mari, le costume peut aussi dire si la femme est riche ou pauvre… et encore tant de choses.

 

Alsunga est la seule communauté catholique de Lettonie dont la religion dominante est le protestantisme. Si la religion est importante en Lettonie, les fêtes païennes le sont tout autant. Elles sont la tradition. Respecter la tradition c’est respecter son identité retrouvée après une trop longue période d’occupation. Monsieur le curé encourage à la pratique des rites païens, où est le problème? C’est l’histoire, l’identité d’un peuple, même les soviétiques pendant leur occupation non rien pu changer à cela.

Avec l’aide de Andris, les Suiti ouvrent un atelier de tissage pour la confection de leurs costumes traditionnels, jeunes et moins jeunes s’y retrouvent. Andris tient à maitriser toute la chaîne de production du mouton jusqu’au vêtement. Le 11 mars, mon dernier jour à Alsunga, les suiti m’invitent à les rejoindre dans leur atelier…

Plusieurs sujets sont évoqués: L’identité, savoir d’où l’on vient « Mara, à 10 ans elle arrive à Alsunga, et naturellement elle se joint aux suiti elle adopte la robe de suiti. Mais depuis peu, elle prend conscience pour elle de l’importance de porter les couleurs de sa région, sa petite fille en fera autant ». L’après 1989 « Maretta travaillait dans un kolkhoze, dans l’élevage des chevaux, j’ai du faire mon deuil de 1991 avant de rejoindre les suiti ».

Cette tradition est transmise par les femmes par leurs chants leurs daïnas. Elles sont pour leur communauté l’histoire vivante. Lors de l’interview que vous pouvez visionner la doyenne des suiti, Ruch 81 ans, a eu un jeu de mot si drôle qu’il m’a fallu interrompre le tournage. A la question, êtes vous consciente de tenir un rôle important dans la protection de votre patrimoine culturel immatériel? Elle regarde ses amies, ne peut pas se retenir de rire aux larmes, « Immatériel?, pas tant que ça! Je me sens bien matériel moi ». Pendant le soviet time ces daïnas devaient être toujours des chants tristes alors qu’en fait ces chants sont pour la plupart gais, heureux, plein d’espoir… mais comment décourager un peuple qui aime chanter en ne lui accordant peut-être que la possibilité de chanter des chants tristes. Même lors des déportations massives le peuple continuait de chanter… rien ne peut empêcher un Letton, une Lettone de Chanter.

C’est en chantant qu’ils ont gagné leur indépendance vous le savez vous l’avez déjà lu dans le lien suivant Le 23 août 1989, une grande chaîne humaine avait été organisée à travers les trois pays baltes (De Vilnius à Tallin en passant par Riga),