Henri Cartier-Bresson disait :  « Mais moi, je m’occupe presque uniquement de l’homme. Je vais au plus pressé. Les paysages ont l’éternité. »

Mais moi, Christine Bernabeu, je sais que l’homme a tant innové qu’il a survécu, et toujours le même, il survivra, au risque de faire disparaître les paysages.

         Les deux ou trois heures du vol s’écoulèrent assez rapidement. Puis vers 16:00, il y eut se phénomène étrange que connaissent bien les habitués des voyages d’Est en Ouest, la sensation que le temps s’est arrêté, figé comme si l’avion demeurait suspendu immobile dans un univers complètement intemporel. Aux hublots, le soleil brille sans bouger, éclairant un paysage immuable de nuages blancs. Cependant les montres égrainent les secondes. Le soleil, a stoppé sa course et l’avion qui fonce l’indiffère. Débute alors, un voyage hors du temps. Cet avant-goût d’éternité plonge les passagers dans une somnolence proche de l’abrutissement, pour moi c’est le début d’une longue rêverie. Votre reflet me sourit, vous, qui m’avez tant manqué.

Mon cher ami, après le plaisir que j’ai pris de voyager, vous m’offrirez le plus grand plaisir, celui de raconter. Même si le plaisir du conteur est rarement partagé par celui qui l’écoute ou qui le lit, je ne peux pas vous dérober votre part des plaisirs, des émotions que j’ai éprouvés sur cette route de la soie.

Je n’ai de regard que pour l’Orient, vous le savez. Je l’ai tant imaginé. Il me faut sa lumière, sa chaleur, pas celles filtrées par nos nuages d’occident, mais celles qui dans l’infini d’un ciel bleu profond frappent la terre, comme le marteau frappe l’enclume.

Une idée me décida pour la route de la soie, sous le rapport de ce qu’elle fut et de ce qu’elle est aujourd’hui. Ne parle t-on pas de la nouvelle route de la soie ? Elle me parut un champ idéal aux observations dont je voulais m’occuper. N’est-ce pas sur cette route que le commerce, le partage, les échanges d’idées, des savoirs, des philosophies, des religions ont fait naître la plupart des innovations qui ont fondé nos civilisations ? En partant à la recherche des trois clés de l’innovation, je me devais de mieux connaître ces lieux. J’étais curieuse d’observer jusqu’à quel point cet esprit, ces mœurs, ces coutumes, se sont altérés ou conservés. Il était tout simplement intéressant de mettre en balance l’état du temps passé avec l’état du temps présent. J’avais besoin de fouler la terre de nos premières civilisations, la terre des prodiges, de voir et de parcourir l’itinéraire des premiers voyageurs où aujourd’hui se déroule le grand drame d’une sagesse divine aux prises avec l’erreur et la perversité humaines.